Cet article aurait aussi pu s’intituler « le progrès doit-il absolument remplacer la tradition ? », appliqué à la santé. Le XXème siècle a été formidable au point de vue avancées médicales et pharmaceutiques, mais là où il aurait pu y avoir un nouveau panel de solutions pour être en bonne santé, il semble que parfois, ces progrès soient venus se substituer aux remèdes ancestraux. Dans d’autres cultures que la nôtre, notamment en Chine, au Japon et en Inde, les médecines traditionnelles sont encore largement pratiquées et font partie intégrante du monde de la santé et du bien-être. Si la médecine allopathique est indispensable pour le traitement de certaines maladies, les remèdes et traitements naturels sont toujours aussi efficaces pour rester en bonne santé, pour soigner les maux communs et saisonniers,  ou encore pour soulager les effets secondaires de certains traitements lourds.

En France en revanche, les médecines  et techniques de soins  naturelles ont la vie dure : c’est aussi au siècle dernier que bien des réglementations sont apparues.

Le cas de l’herboriste

Voilà un métier que l’on visualise tous facilement, tant il est ancien et plein de sens : une petite boutique, remplie d’étagères sur lesquelles sont disposés des dizaines de bocaux de plantes séchées ou transformées, et au comptoir, un professionnel qui peut nous renseigner sur les plantes à prendre pour un objectif donné. Il peut nous conseiller sur la posologie, les effets, ou encore les éventuelles interactions avec des médicaments.
En réalité, en France, il ne peut pas : depuis 1941, le diplome d’herboriste n’existe plus, la pratique ayant alors été réservée aux pharmaciens d’officine sous le régime de Vichy, et il n’a jamais été rétablie depuis. Des millénaires de connaissances sur les plantes et leurs effets sur le corps humain dont on ne peut presque pas profiter. En effet, pour les pharmaciens, s’ils en restent à ce que leur apprend leur cursus classique, ce n’est que quelques dizaines d’heures de cours sur le sujet, ce qui semble peu. Quant à ceux qui ouvrent tout de même leur boutique, ils sont souvent attaqués en justice pour « pratique illégale de la pharmacie ». Les écoles d’herboristerie, qui proposent des enseignements plus complets, se battent actuellement et depuis des années pour faire reconnaître de nouveau le métier, qui loin de faire concurrence à la pharmacie, en est au contraire un bon complément, comme le prouvent les praticiens des pays voisins. 

Le cas de l’acupuncteur

La Médecine Traditionnelle Chinoise comporte plusieurs volets, dont font partie le massage Tui Na, la pharmacopée (médecine des plantes) et l’acupuncture. Si on compte de très nombreux praticiens en France, là aussi le sujet est sensible, sur deux niveaux.
Le nom en premier lieu, qui comporte le mot « médecine », dont l’utilisation est strictement réservée aux docteurs en médecine, afin de ne pas risquer une confusion pour les patients. Légalement donc, il n’est pas autorisé d’afficher une plaque de Médecine Traditionnelle Chinoise, sans qu’une autre alternative de dénomination soit donnée.
La pratique de l’acupuncture est également controversée, puisque si elle est tolérée pour des non médecins, son protocole est considéré comme un moyen d’établir un diagnostic et de traiter une maladie, ce qui là aussi est strictement réservé aux docteurs en médecine. Eux seuls, avec les vétérinaires, les chirurgiens-dentistes et les sages-femmes, ont ainsi le droit d’accéder au diplôme universitaire d’acupuncture et de pratiquer. Le but étant de limiter les risques de mauvais diagnostics, ou un manque de connaissances supposé en anatomie humaine pour pouvoir planter des aiguilles.
Là aussi, la formation pour la pratique légale est étrangement réduite : un ou deux ans selon les universités, et un diplôme dit « d’acupuncture scientifique », limitant également l’enseignement. En revanche, les centres de formation spécialisés en Médecine Traditionnelle Chinoise proposent des cursus complets de 3 à 5 ans.

Ces deux exemples nous montrent un paradoxe qui fait frein à la légitimité des traitements naturels : par sécurité apparemment, leur pratique est réservée à des professionnels qui ne sont pas forcément les plus formés sur le sujet, mais qui peuvent toujours nous diriger vers des traitements médicamenteux. Ce monopole détenu par des professionnels de la médecine allopathique, sous-entend que les solutions naturelles ne seraient pas aussi efficaces ou crédibles que des traitements chimiques. Le progrès aurait bien remplacé la tradition.

Pourtant, de plus en plus de praticiens en médecines douces et pratiques naturelles tiennent un discours qui va dans le sens d’une cohabitation au service des patients :  d’une part, en faisant la promotion du bien-être au quotidien, afin de prévenir les maladies plutôt que d’avoir à la guérir, d’autre part en parlant de plus en plus de pratiques « complémentaires » à la médecine allopathique et non pas « alternatives« . Il est à espérer que la nouvelle génération de professionnels de la santé ira de plus en plus dans ce sens également. D’ailleurs, on constate dans les centres de formation en médecines traditionnelles qu’il y a de plus en plus de médecins, sages-femmes, infirmiers, qui n’en restent donc pas aux seuls diplômes reconnus par l’état, et qui souhaitent avoir un niveau de connaissances plus poussé. Souhaitons que cette ouverture d’esprit bilatérale ouvre à l’avenir plus de portes pour former des praticiens experts sans pré-requis de diplôme.

Pour aller plus loin dans la reflexion

Quelques questions que l’on peut aussi se poser :

  • Pourquoi est-ce que la vente de plantes médicinales est à ce point encadrée, alors qu’on trouve tant d’huiles essentielles, bien plus concentrées en actifs, en vente libre ?
  • Est-il plus rassurant d’être accompagné par un professionnel qui a un très grand nombre de connaissances qu’il pratique toutes un peu, ou par un autre qui est spécialisé dans un domaine unique, mais qui le pratique au quotidien?
  •  S’il existe des sages-femmes ET des obstétriciens, des psychologues ET des psychiatres, n’y a-t-il pas la possibilité de former et de légitimer d’autres professionnels experts pour lesquels il n’y a pas besoin d’être d’abord docteur en médecine/pharmacie ?
  • Pour pratiquer l’herboristerie, il ne faut pas seulement avoir son doctorat en pharmacie mais aussi exercer en officine. Ce monopole est-il alors uniquement là pour des raisons de sécurité et de connaissance ?

Photo par Matt Briney

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