Interview d’expert : Raphaël Sierra, praticien shiatsu et médecine traditionnelle chinoise

Raphaël Sierra est praticien et enseignant en Yin Shiatsu et en Médecine Traditionnelle Chinoise. Il exerce depuis 10 ans et pratique actuellement dans son cabinet de Mérignac, près de Bordeaux. Il s’est formé au shiatsu avec Carole Ferier en France, puis pendant un an au Japon à la clinique Akahigedo. Il est diplômé de l’Académie Wang de Médecine Traditionnelle Chinoise à Toulouse.

Il est également l’un des fondateurs de Genki Daily.

Tu es praticien en Yin Shiatsu et en Médecine Traditionnelle Chinoise : quelle est ta définition et ta vision de ces deux pratiques ?

Le Yin Shiatsu a été créé par Maître Takeuchi, avec qui j’ai eu la chance de travailler durant mon voyage au Japon. Cette pratique est une prise en charge en profondeur de la personne grâce aux différents points de pressions effectués sur tout le corps, suivant des trajets précis. Cette technique s’appuie sur la richesse des fondements de la Médecine Traditionnelle Chinoise, qui vient compléter le soin de différentes manières. Ces deux techniques complémentaires sont nécessaires à l’entretien de la santé au quotidien, afin de palier au désordre avant que celui ci ne soit trop grand et trop difficile à éradiquer par des moyens naturels.

Comment es-tu tombé dedans, et qu’est-ce qui t’as convaincu d’en faire ton métier ?
Par le biais des arts martiaux, l’envie de connaitre d’avantage le corps humain et ses différents points vitaux . Ils peuvent être destructeurs ou au contraire bénéfiques pour retrouver la santé lorsqu’ils sont utilisés à bon escient. J’ai choisi le shiatsu un peu par hasard en tombant sur un article qui en parlait, puis j’ai suivi l’initiation qui m’a conduit à suivre la formation complète. Ce ne fut que la curiosité et le plaisir qui m’ont conduit à suivre des cours et non l’envie d’en faire un métier à la base. C’est au retour de mes différents voyages au Japon puis en Inde, où j’ai découvert l’Ayurveda, que des opportunités se sont présentées et m’ont conduit à m’installer progressivement. Les retours de mes clients et plus tard de mes élèves, m’ont donné l’envie de continuer et de transmettre ce que l’on m’a appris.
 
Pourquoi allier les deux pratiques, shiatsu et Médecine traditionnelle chinoise ?
Lorsque la personne présente un déséquilibre, il y a plusieurs moyens d’y remédier. La signification d’un déséquilibre commun à plusieurs personnes comme les problèmes digestifs, n’est pas la même pour tout le monde. L’origine est peut-être différente d’une personne à une autre, du coup l’éventail de techniques que nous proposent le Yin shiatsu et la MTC me permet d’avoir plusieurs cordes à mon arc afin de soulager la personne. Le Yin Shiatsu s’appuie sur la théorie fondamentale de la MTC et l’approche de la personne est la même à quelques détails près.
 
Tu reçois chaque semaine plusieurs personnes pour des séances à ton cabinet : quel est le top 3 des raisons pour lesquelles tu es consulté ?
En premier je dirais le stress de manière générale, qui est un problème assez vaste et qui englobe énormément de choses. Il y a un besoin pour ces gens de se détendre lorsque la vie leur met des bâtons dans les roues. Ils cherchent alors un accompagnement afin de lâcher prise et de s’ancrer pour traverser certaines épreuves.
En deuxième, je dirais les problèmes digestifs qui sont souvent dus à une alimentation non appropriée, trop riche en sucre, trop grasse et accompagnée d’un mode de vie trop sédentaire. On a souvent besoin en séance de revenir sur certaines bases comme manger sainement, apprendre à respirer, avoir une activité physique adéquat, un sommeil récupérateur etc. Il y a aussi un but éducatif dans mon approche, pour que les gens puissent retrouver un équilibre au quotidien et pas seulement pendant la séance.
Enfin, beaucoup de gens viennent avec des déséquilibres importants, qui nécessitent un accompagnement médical qui est très souvent lourd à porter. Ces personnes là viennent ctrouver une solution plus naturelle à leur problème, mais le font souvent lorsque la douleur et le déséquilibre sont très avancés. Mon rôle n’est en tout cas pas d’aller à l’encontre de ce que propose le médecin, bien évidemment et au contraire. Les techniques naturelles permettent de soutenir la personne durant un traitement médicamenteux afin qu’elle traverse cette période le plus sereinement possible. Nous savons très bien aujourd’hui que le mental est très important pour arriver à la guérison.
 
Pourrais-tu nous donner d’autres maux que tu pourrais traiter mais que la plupart des gens ignorent, alors que ta pratique y est très adaptée ?
C’est compliqué de donner des termes précis, car nous ne pratiquons pas de diagnostic médical. La douleur, en général, résulte d’un blocage de l’énergie sur une zone précise. Si je vulgarise et que je simplifie un peu l’approche, le but est de faire circuler l’énergie dans tout le corps, y compris dans des zones où celle-ci est bloquée. Lorsque je passe sur certaines zones, il se peut que les personnes découvrent qu’ils ont mal ici en me disant « tiens je ne pensais pas que c’était douloureux ! ». Souvent cela signifie qu’il y a un blocage dans cette zone, et si on intervient pas, avec le temps et les années, elle ne sera pas correctement nourrie. Des tensions alors plus profondes se développeront et elles seront plus difficiles à éradiquer. Il est finalement plus logique de venir avant que le problème soit grave car si on reprend le proverbe chinois « ce n’est pas lorsque l’on a soif qu’il faut creuser un puits ». Autrement dit, il ne faut pas attendre d’avoir mal pour s’occuper de son bien-être.
 
En plus de faire des séances individuelles, tu formes également de futurs praticiens. Qu’est-ce qui te donne envie de transmettre ?
Lorsque j’ai appris, ou que j’apprends encore, je suis heureux que la personne me transmette son savoir. Cela fait partie des choses importantes car sans la transmission la technique se perd. De plus le fait d’enseigner entretient ses connaissances et les développent. Ça me permet de donner le maximum d’informations à ses élèves. J’aime également le côté pédagogique, arriver à trouver une manière ludique de retenir les choses, rester très concret pour ne pas ennuyer l’élève. Autant le fond est important, mais la forme de l’enseignement permet d’intéresser les gens à ces pratiques afin qu’ils deviennent praticiens ou tout simplement pour améliorer leur quotidien, sans forcément en faire leur métier.
 
Tu pratiques depuis bientôt 10 ans : as-tu constaté des changements sur la manière dont les gens appréhendent le shiatsu et la MTC au fil du temps ?
 
As-tu en tête un exemple de cas qui t’a particulièrement marqué dans ta carrière ?
J’ai plusieurs cas qui me viennent en tête, notamment un sumo, à qui j’ai du faire un Shiatsu à la clinique Akahigedo de Tokyo. À ce moment là, on oublie la technique souple et fluide, car il faut travailler sur un corps dur, épais. Alors on y va avec le coude et on transpire ! Sinon ce qui me marque le plus c’est le visage des gens qui viennent me voir et qui après la séance ont les traits détendus, sont apaisés avec cet air disant « qu’est ce que ça fait du bien! »
J’ai eu des cas où une séance a suffit pour soulager les maux, d’autres où il a fallu plusieurs séances, mais ce qu’il faut retenir, c’est qu’il faut toujours qu’il se passe quelque chose. Si ce n’est pas le cas, c’est que le praticien n’est pas sur la bonne voie.
 
Tu n’aimes pas parler de médecines « alternatives » mais plutôt « complémentaires », peux-tu nous expliquer pourquoi? 
Les techniques comme le Yin Shiatsu, la MTC, l’Ayurvéda et autres ne sont pas des techniques qui se substituent à un traitement allopathique ou à l’avis du médecin. C’est en cela que nous ne sommes pas une alternative mais plus plutôt complémentaires car nous allons pouvoir proposer des choses qui prendront l’être et la personne dans son ensemble, là où la médecine allopathique va traiter un symptôme particulier. Loin d’amener une meilleure solution, nous proposons un accompagnement de la personne dans sa globalité afin de lui faciliter la vie durant l’épreuve qu’elle traverse. La médecine allopathique a ses limites et le médecin n’a pas toujours le temps d’être à l’écoute de son patient. Aujourd’hui on se rend compte que les gens ont besoins d’être écoutés, pris en charge, soutenus et accompagnés. C’est le discours que j’entends au quotidien durant les séances individuelles et là nous sommes vraiment dans la complémentarité. Si aujourd’hui tant de gens se tournent vers ces techniques douces, c’est qu’il y a un besoin réel et je tente d’y répondre.
 
De nombreuses personnes en Occident n’accordent que peu de crédit aux médecines traditionnelles, et pensent qu’elles ne sont efficaces que par effet placebo. Selon toi, pourquoi, et que faudrait-il pour ouvrir un peu les esprits ?
Il y a eu des tests avec l’acupuncture sur l’effet placebo et ce test s’est révélé assez clair : l’effet placebo ne marche pas et effectivement un acupuncteur qui ne pique pas au bon endroit ou pas assez en profondeur n’aura pas de résultat, si on en reste à la technique pure. En ce qui concerne le Yin Shiatsu ou autres massages, ce que l’on sent sous les doigts n’est pas fictif. lorsqu’il y a une tension palpable avant séance et que la zone s’est détendue après c’est qu’il y a eu un résultat. Le mieux est encore de suivre une séance chez un praticien et si cette séance ne convient pas, il faut sans doute changer de praticien et ne pas remettre en cause la pratique. Si votre médecin ne vous convient pas, car il ne vous donne pas le bon médicament ou autre, vous ne remettez pas en cause la médecine mais le personnage : pour les techniques douces c’est la même chose. L’effet placebo peut se produire dans plusieurs cas. Ne vous est-il jamais arrivé de vous sentir mieux juste en sortant de chez le médecin, car il vous avait prescrit le traitement adéquat et avait eu des paroles rassurantes et surtout mis un nom sur votre problème ? Ce que je veux dire par là c’est qu’il ya un effet placebo dans tout traitement, même allopathique, mais pas que…
 
Lorsqu’une nouvelle personne vient te consulter, il te faut avant tout faire un diagnostic. Quelles sont les questions et analyses auxquelles un nouveau venu doit s’attendre ?
Le terme diagnostic n’est pas approprié, car il est réservé aux médecins et au personnel médical. Je fais un bilan énergétique global, ce qui permet de voir dans quel état se situe cette personne au moment où elle vient me voir. C’est d’abord la personne qui m’explique la raison de sa venue et les déséquilibres qu’elle rencontre. À partir de là, je lui pose des questions sur ses habitudes alimentaires, ses habitudes de vie et émotionnelles le cas échéant, afin de connaitre les origines, la cause des déséquilibres. Mon but est de faire le lien entre les différents éléments, de trouver une explication sur l’enchaînement des déséquilibres suivant les principes de la MTC. À partir de là, je choisis la technique qui correspond le mieux à cette personne, ce jour là, afin de lui apporter un bien-être de la meilleure façon qu’il soit. Il est nécessaire de se voir au moins sur une deuxième séance afin de faire le bilan ensemble des points bénéfiques de la séance précédente et les axes d’amélioration à prévoir.
 
À quoi devrait-on s’attacher pour bien choisir son praticien en shiatsu ou en MTC ?
Avoir quelqu’un de rationnel, à l’écoute et qui ne vous affirme pas que vous allez être guérit ou soigné en seulement 3 séances.

Genki Daily